Di Rusishe Progresiv Muzikal Yunyon N°1 fun Amerike

« The First Klezmer Union in America »,

James Loeffler in Mark Slobin, American Klezmer, Its Roots and Offshoots

En 1902, Jacob Gordin écrivait The Kreutzer Sonata. Cette pièce de théâtre du dramaturge Yiddish raconte l’histoire d’ Efroym Fiddler et de son fils Grégor, qui émigrèrent aux États-Unis au début du XXème siècle.

Efroym: « Gevald, in darkest Russia, anyone who wants to fiddle does so and here in free America you need to ask permission! […] I, an old klezmer, must stand for an examination to see whether I’m a decent musician. And if I’m good enough as a musician, I still have to bring in 25$ in order to be allowed to work as a klezmer. And, worst of all, when I am already a klezmer, I must stand in line until someone officially declares me to be a klezmer. Oy, I’ve been a klezmer for forty years already. Oy, I need to eat. Oy, I don’t have 25$… »

Ce paradoxe est réellement curieux. En Russie, les klezmorim étaient en un sens, plus libre qu’en Amérique, où il leur fallait intégrer un syndicat, apyer une cotisation et attendre de cette institution qu’elle donne son accord et son approbation officielle. Cependant, nous savons que les musiciens s’organisaient en guildes depuis des siècles d’une part, et qu’ils subissaient de nombreuses restrictions d’autre part. Ce paradoxe ne révèle donc pas une véritable rupture entre l’Europe et les États-Unis, mais un contexte dans lequel les musiciens étaient confronté à une nécessaire assimilation culturelle et une évolution socio-professionnelle.

En 1888 s’établit avec succès une fédération de syndicats juifs: The United Hebrew Trades (UHT), en yiddish: Feynikte Idishe Geverkshaftn. L’UHT a vu le jour après plusieurs tentatives avortées (Russian Progressive Union, Central Labor Union, Knights of Labor, Socialist Labor Party, Libertarian Socialists). En janvier 1889: l’UHT lance une campagne agressive pour rallier les syndicats à sa cause. Elle y parvient en réunissant le syndicat des acteurs de théâtre yiddish, les fabricants de manteaux ainsi que les fabricants de sodas minéralisés. En mars 1889 apparait de la première Jewish Musician Union: Di Rusishe Progresiv Muzikal Yunyon (RPMU).

L’ Arbayter Tsaytung, journal yiddish dont les locaux sont situés au 81, Ludlow Street, est le partenaire privilégié de l’UHT. Il devient la tribune de cette fédération syndicale. Dès 1890, il consacre certaines pages à la publicité du RPMU, alors situé au 412 Grand Street. Le journal devient alors la vitrine du syndicats des musiciens. Le syndicat des musiciens et l’UHT entretiennent des flux et des échanges constants de bons procédés. Les musiciens syndiqués ont l’exclusivité dans touts les manifestations syndicales et l’UHT fournit, en échange, à travers le journal yiddish, une publicité et donc une importante visibilité.

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L’évolution politique, sociale et culturelle implique une restructuration et une réorganisation périodique et permanente du syndicat, avec autant de changements de son nom: en 1890, le RPMU devient Progressive Musical Union, de 1891 à 1892, il devient le Liberty Musical Union et entre 1893 et 1895, le Musical Liberty Protective Union.

Le théâtre yiddish pose plusieurs problèmes aux klezmorim:1. la lecture des partitions est un défi pour les musiciens dont l’éducation est essentiellement orale, 2. la capacité de jouer dans des formations orchestrales plus larges que les kapelyes traditionnels est aussi un obstacle, 3. l’ accompagnement de chanteurs lors des performances  requiert un réel sens du drame.

La politisation des immigrants yiddishophones, de tous les divertissements et des évènements publics (bals, concerts de charité, pic-nics,  parades, manifestations) est une aubaine pour les klezmorim. En effet, pour tous ces évènements, l’UHT offre aux musiciens autant d’occasions de se produire et par extension, de se faire connaitre. Le syndicat des musiciens n’est pas seulement dépendant de l’UHT, la fédération engendre aussi parmi les musiciens une conviction socialiste forte et un engagement sérieux. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Des luttes entre les syndicats et les musiciens adviennent, car l’activité des seconds est parfois freinée ou réglementée trop strictement par les premiers.

Dans les années 1880-1890, les syndicat des musiciens reste un des moins important, il compte entre 50 et 100 membres. mais il reste relativement ouvert, en comparaison, par exemple, du syndicats des acteurs (Hebrew Actors Union), qui est beaucoup plus élitiste et exclusif, presque tyrannique pourrait-on dire. Le syndicat des musiciens est plus ouvert, du fait même que les musiciens sont moins nombreux et que leur syndicat est par conséquent moins puissant et influent. L’entrée au syndicat est autorisée après l’approbation d’un jury mais, dans les premières années, les musiciens peuvent éviter l’examen en payant 1$ supplémentaire.

Dans cet engagement syndical, les musiciens rencontrent parfois des problèmes relatifs à leur répertoire. Par exemple, lors de manifestations politiques, on attend pas seulement des musiciens qu’ils puissent jouer les morceaux traditionnels klezmer (russes, polonais, roumains etc…) mais aussi « La Marseilaise », « Leben Zol Colombus », »L’Internationale » ou encore les marches de John Philip Sousa.

La Jewish Musicians Union persiste jusqu’à la Première guerre mondiale, et réapparait après celle-ci sous le nom de Musical Progressive Benevolent Association. Mais celle-ci est déjà en déclin, car les musiciens intègrent alors la Fédération Américaine des Musiciens (AFM), crée en 1903, son annexe de New-York, le Local 310, qui deviendra en 1921 le Local 802, celui de Dave Tarras et de nombreux musiciens réputés.

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