Shloyme Zaynvl Rapoport (1863-1920)

Ecrivain, journaliste, ethnographe, dramaturge, Shloyme Rapoport est un homme d’action, impliqué dans la culture yiddish comme dans les idéologies révolutionnaires du XXème siècle. Il est devenu célèbre par sa pièce Der Dibek: Tsvishn tsvey veltn (« Le Dibbuk: entre deux mondes ») et en tant qu’auteur de l’hymne du Bund, Di Shvue (Le Serment). Il se distingue d’autres auteurs de sa génération par son activité dans le journalisme et par son engagement féroce dans le Parti révolutionnaire socialiste ainsi que par sa contribution aux sciences sociales. Par deux fois il sera arrêté par les autorités russes et par deux fois relâché. Il immigre plusieurs fois mais toujours sous la contrainte, il fuit mais jamais par lâcheté. Il écrit, scande, prédique et propage des idées nouvelles, il s’immerge dans le yiddish jusqu’à son dernier souffle. Moyshe Rapoport est plus connu sous le nom d’An-Ski, le pseudonyme sous lequel il signe ses articles, ses pièces de théâtres, ses poèmes, l’oeuvre d’une vie consacrée à l’éveil des peuples alors que l’Europe est plongée dans les tourments des pogroms, des révolutions et des guerres.

Né à Chashniki, il grandit à Vitebsk, dans une famille plus pauvre encore que la plupart de celles d’autres écrivains contemporains. Sa mère, que l’on pense séparée de son père, s’occupait d’une petite taverne. Il reçoit une éducation formelle jusqu’au heder, mais son ami, Khayim Zhitlovski et lui, continuèrent de lire par eux-mêmes la littérature et les critiques russes. À la fin de son adolescence, il part à Liozno, en Biélorussie, ou il devient tuteur, mais les autorités religieuses découvrent qu’il enseigne à ses élèves des idées radicales et modernistes. Il est par conséquence démit de ses fonctions en 1882.

Zusman Kiselgof, member of S. An-ski's ethnographic expedition, recording folklore in Kremenets, Russian Empire (now in Ukraine), 1912
Zusman Kiselgof, en plein enregistrement du folklore de Kremenets (aujourd’hui en Ukraine), 1912

À 21 ans, son premier roman, Istoriia odnogo semeistva (« Histoire d’une famille ») est traduit du yiddish en russe et publié en 1884 dans le journal Voskhod (L’Aube). Il est convaincu que la population rurale va jouer un rôle essentiel dans le futur de son pays, que la classe intellectuelle à une dette envers elle, en particulier envers les paysans. Ainsi, dans les années 1880, alors qu’il vivait dans la région d’Ekaterinoslav et travaillait en tant que tuteur mais aussi dans l’industrie des mines de sel et de charbon, il collecta les chants de travailleurs, donna des lectures publiques aux paysans et aux mineurs et fut pour cela arrêté, puis relâché, en 1888.

En 1892, il se rend à Saint-Pétersbourg et l’écrivain Gleb Uspensky l’introduit aux éditeurs du Russkoe Bogatstvo, dans lequel il publie ses premiers articles sous le pseudonyme de An-Ski, qu’il conservera toute sa carrière. Entre 1892 et 1905, il reste en Europe occidentale, poursuit son engagement politique et culturel, publie en russe et en yiddish. Il travaille en outre à Paris en tant qu’agent littéraire et devient le secrétaire du philosophe russe Petr Lavrov. Il est passionné par la politique européenne et en particulier par l’affaire du capitaine Dreyfus, dont il rencontrera certains des plus ardents défenseurs.

Après la mort de Lavrov en 1900, An-Ski épouse une franco-russe mais le mariage s’effondre rapidement. Il part en Suisse et fonde avec un autre révolutionnaire, Viktor Chernov, une organisation populiste radicale. En 1901, il lit Peretz dont le style moderne le marque et l’impressionne. Au Congrès du Bund, à Berne, il lit “Tsum Bund: In zaltsikn yam fun mentshlekhe trern” (To the Bund: In the Salty Sea of Human Tears), qui sera ensuite publié dans le journal Der idisher arbayter (The Jewish Worker; 1902) avec “Di Shvue.” Il continue d’écrire en prose et en vers sur des thèmes yiddish. Entre 1904 et 1905, il édite, avec Yosef Hayim Brenner, Kampf un kempfer (« Le combat et les combattants »), un journal socialiste révolutionnaire en yiddish.

(Left to right) Yankev Dinezon, Y. L. Peretz, and Shloyme Zaynvl Rapoport (S. An-ski), Poland, ca. 1910
Yankev Dinezon, Y. L. Peretz, and Shloyme Zaynvl Rapoport, Poland, 1910

Après la révolution de 1905 et le Manifeste d’Octobre, qui garantit l’immunité aux radicaux, An-Ski retourne en Russie et s’immerge dans les questions politiques. Les journaux lui offrent des tribunes consacrées à ses discussions avec des intellectuels tels que Simon Dubnov (1906), Zhitlovski (1909) et Shmuel Niger (1910). Entre 1908 et 1918, il arpente toutes les régions de l’empire russe en donnant des conférences dans les organisations culturelles juives. Arrêté en janvier 1907 sous le motif qu’il répand une propagande révolutionnaire, il fut relâché une seconde fois. En 1908, il s’était remarié à une femme beaucoup plus jeune que lui mais ce second mariage ne résista guère plus longtemps que le premier.

Il s’intéresse de près aux folklores russes et juifs. À partir de 1907, il commence à collecter systématiquement divers éléments de ces folklores. En combinant plusieurs ressources, dont celles du Baron Horace Vladimir Gintzburg, il organise une expédition ethnographique dans la zone de résidence. Avec ses collègues, parmi lesquels Solomon Ludovin, Yoel Engel, Avrom Rekhtman, il traverse la Volhynie et la Podolie entre 1912 et 1914. L’équipe collecte 2000 photographies, 1800 contes, 1500 chansons folkloriques et 1000 mélodies, 100 documents historiques et 500 manuscrits. Ils enregistrent la musique folk sur 500 cylindres de cire, et acquiert 700 objets de cultes achetés pour la modique somme de 6000 roubles.

Expedition Anski
Sites visités lors des expéditions (frontières de 1914)

Inspiré par ces découvertes lors de l’expédition, An-Ski commence à écrire, en russe, le Dybbuk, à partir de 1913. Bien que la pièce est accepté par Konstantin Stanislavski pour être joué lors de la saison 1917 au théâtre de Moscou, la révolution  repousse la production jusqu’en décembre 1920, après sa mort. La pièce sera donc joué pour la première fois à Varsovie, par la célèbre troupe de Vilna, dans la version originale de l’auteur, en yiddish. En 1922, la pièce est représenté au théâtre Habimah, à Moscou, dans la traduction russe de Hayim Nahman Bialik.

Après février 1917, il est élu représentant de l’oblast de Vitebsk à l’Assemblée Constituante russe mais suite à la prise de pouvoir des bolchéviques, il fuit à Vilna en septembre 1918. Après la mort de son ami Ayzik Vayter, tué dans un pogrom en 1919, An-Ski part pour Varsovie et consacre ses derniers mois à traduire ses œuvres en yiddish. Il meurt d’une crise cardiaque le lendemain d’une réunion de la Société Ethnographique Juive de Varsovie.

Sources:

-http://www.yivoencyclopedia.org/article.aspx/Rapoport_Shloyme_Zaynvl
-http://www.jhom.com/shoot/personalities/ansky/index.htm
-http://books.google.com/books?id=rr_qaE0a8rsC&pg=PT82&lpg=PT82&dq=shloyme+an-ski&source=bl&ots=gzwaEuAZFQ&sig=4D7L_WpRmLsdvA1k7d3aZuxkEts&hl=fr&sa=X&ei=ozizU6ncK7bfsASu9oK4BA&ved=0CCcQ6AEwAjgK#v=onepage&q=shloyme%20an-ski&f=false

 

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