Litvakus ou les folies de Dmitri

Non, vous n’écoutez pas un une prise de son lors d’un festnoz. Pour ce que j’en sais, il n’y a jamais eu de shtetl en Bretagne, mais je peux me tromper. On pourrait pourtant se méprendre avec le premier titre de cet album, Freylekhs and Kolomeyke, et c’est seulement après ce prélude, qui reflète en fait fidèlement la sonorité biélorusse, que celle du reste du Yiddishland apparaît avec plus de clarté.

Oui, le sous-titre de l’album est bien « Music of Jewish Belarus », la musique juive de Biélorussie, à laquelle s’ajoutent celles des Litvaks, les juifs de Lituanie. Mais que les Polaks ne se contrissent pas. Il y a dans cet album la saveur du passé, du yiddish, du monde ashkénaze. Dmitri en fait démonstration à chaque morceaux , depuis le Zisl’s Sher and Karahod, jusqu’à Zay Gezunt, en passant par son Q train volekh.

Dmitri Zisl Slepovitch avait crée Litvakus alors qu’il était fraîchement débarqué de Biélorussie. C’est donc tout naturellement que son orchestre mélange les musiques traditionnelles de son pays d’origine avec le répertoire Litvak, c’est-à-dire des juifs de Lituanie (vous savez d’ailleurs qu’il y a non pas une mais bien deux langues yiddish principales, celle des Litvaks et celle des Polaks ou Galitzianer, les juifs de Galicie, entendez la région la plus occidentale du Yiddishland).

Leur premier album, Raysn, est sorti il y a quelque mois, faisant écho à un EP réalisé en 2011, un an après la formation officielle du groupe dont le leader à la tignasse rare mais flamboyante n’est autre que le Dmitri susmentionné. Docteur en musicologie et instigateur de la reviatlisation du klezmer en Biélorussie avec l’orchestre « Minsker Kapelye ».  

Ce kapelye de Minsk, auquel je me suis intéressé après la performance de Litvakus au Golden Festival de Brooklyn, le mois dernier, était composé dudit Dmitri, lequel était alors accompagné de Hanna Kharchanka au violoncelle et de Tatsiana Kukel au tsimbl. Le trio à produit trois albums (A Fayerl Far Dem Hartsn, 2002; Great Klezmers of East and West, 2006; Tutejsi-The Locals-Di Ortike, 2009). La première performance du Minsker Kapelye aurait eu lieu dans une petite foire, devant le quartier général du KGB. Il fallait oser! 

Je note pour finir que cette magnifique illustration de l’album est un paysage peint en 2006 par Boris Zaborov, né lui aussi à Minsk, en 1937, et exilé à Paris en 1980 pour fuir la censure soviétique, qui comme vous le savez sûrement n’était pas seulement appliquée à la littérature mais aussi aux arts plastiques. 

Raysn-the music of jewish belarus

Dmitri « Zisl » Slipovitch: clarinettes/dudka/chant
Craig Judelman: violon
Taylor Bergren-Chrisman: contrebasse
Joshua Camp: accordéon
Sam Weisenberg: percussions

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