Tsvey Veltn/Two Worlds

Certaines chansons de Mordechai Gebirtig (1877-1942) étaient déjà sur le premier album de Benjy Fox-Rosen, « Tick-Tock », enregistré à Brooklyn en 2011. Mais à la différence de ce premier album, dans celui-ci, il ne fait pas seulement les arrangements, bien que cela soit déjà remarquable, mais adapte aux textes du poètes ses propres compositions.

Pour rappeler très brièvement la vie de Mordechai Gebirtig, je dirai simplement que celui-ci était un poète et compositeur juif polonais; un peu musicien aussi; qui a utilisé le yiddish pour refléter les événements de son temps, les luttes des peuples, les affres de la guerre, le visage immonde des ghettos et les combats politiques, mais aussi la possibilité et l’espoir d’un monde meilleur. Son pessimisme est de rigueur mais sans être obtus. Partisan du Bund, il a foi en l’avenir de l’Europe et du socialisme. Né à Cracovie, il entre dans son ghetto mais y reste artiste, écrit et compose pour traduire la misère et le désespoir. Il est tué par les nazi en 1942.

Entre deux mondes, ainsi aura vécu le poète, ainsi vivons nous aujourd’hui, la paix est là et pourtant la guerre nous hante ou nous menace. Nous devons rester libres et droits dans l’adversité, des menschen face à l’abjecte.  Parmi ses compositions les plus connus, on peut trouver « Undzer shtetl brent » (notre shtetl brûle),et encore  » Arbetzloze marsh » (la marche des chômeurs), qui a récemment été repris par Daniel Kahn dans l’album « Lost Causes ».

Dans un entretien avec Leah Falk, Benjy confiait vouloir travailler sur la poésie de Célia Dropkin. Celle-ci avait écrit un recueil intitulé « L’acrobate ». Une belle manière de signifier que la femme, dans la culture yiddish, était toujours sur une corde raide, menacée de tomber dans le vide et l’oubli, obligée de conserver son regard fixe en jonglant avec la vie de famille, une condition sociale et culturelle souvent difficile et les pulsions sexuelles réprimées ou inassouvies. Célia Dropkin était elle aussi entre deux mondes. En attendant ce nouvel album, je vous conseil d’en lire quelques passages, ne serait-ce que par curiosité. Dans le New-York des années 1920, je vous garantis que les poèmes érotiques écrits par des femmes valent la peine d’y prêter attention.

 Vous pourrez trouver sur le site de Benjy Fox-Rosen certains poèmes traduits en Anglais. L’un de mes préféré, « Urloyb », traduit bien l’état d’esprit du poète et ses aspirations humanistes. Quand à la musique, je vous laisse appréciez la clarinette de Michael Winograd, que vous commencez à bien connaitre, et Patrick Farrell au piano et à l’accordéon.

« Urloyb » (Le Congé):

J’ai supplié mon patron/Qu’il me donne un congé.

J’ai trimé toute une année/Pour une seule semaine de repos.

« Un congé? Ça va pas non? »/M’a-t-il hurlé, furieux,

Tu as déjà eu huit jours de deuil/Tu veux encore te reposer?

 

Two Worlds

 

The Two Worlds Ensemble:
Benjy Fox-Rosen: voice, double bass
Avi Fox-Rosen: guitar, banjo
Michael Winograd: clarinet, piano
Patrick Farrell: accordion, piano
Tyshawn Sorey: drumset

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