Bekar et les Imposteurs: Casse-tête Yiddish

Tsvey shwartze oygn…Deux yeux noirs, deux beaux et grands yeux noirs. On pourrait passer de longues heures dans ces beaux et grands yeux noirs. Et Bekar nous les offre dans son nouvel album, Casse-tête Yiddish, avec bien plus encore. Sa musique est comme les yeux dont parle cette chanson Yiddish, elle invite à s’alanguir, à se perdre et à contempler ce qui se cache derrière le noir tragique de ces yeux. Le deuxième album de Bekar, alias Benjamin Karshen, dois-je le rappeler, est sorti il y a plusieurs mois, si bien que je suis surpris que vous ne soyez pas encore, chers lecteurs, encore au fait ! Accompagné de ses Imposteurs, Bekar nous propose à nouveau de plonger, plus profondément, dans les limbes de la culture Yiddish, dans les tréfonds du rock français, dans un métissage toujours original et poignant.

J’aime ce groupe parce que ses musiciens prouvent d’une part que le rock français n’a rien à envier à nos amis anglo-saxons et que, d’autre part, leur vision de la musique yiddish est incomparable à celle de leurs homologues d’outre atlantique ou de nos voisins européens. Il y a dans ce rock un peu des Négresses Vertes et des Rita Mitsouko. J’entends même quelque chose de Noir Désir et de l’immense Muse. Il y a dans cette voix les accents Yiddish que l’on entend de plus en plus, si l’on sait ou le chercher. Comme dans son premier album, Inconscient, Bekar et les imposteurs parviennent à entrecroiser le rock français avec la chanson Yiddish, les teintes obscures du clavier et de la basse avec la légèreté du violon. Il y a enfin dans ces instruments les merveilles du klezmer que l’on retrouve sous la forme d’une épanadiplose, cette figure de style qui consiste à utiliser un même motif au début et à la fin d’une narration. Bekar et ses imposteurs, par ce genre de savant et subtil mécanisme, savent raconter leurs histoires musicales.  

Et puis, il y a le sens de l’humour. Impossible de faire de créer une véritable performance, de produire un récit imprégné de yiddish sans cela. J’avais déjà dis que la musique des imposteurs n’était jamais une imposture. J’avais aussi dis que le titre du premier album, Inconscient, était tout aussi trompeur. J’ai là encore le plaisir d’avouer en leur nom que ce Casse-tête Yiddish n’est pas comme un casse-tête chinois. L’esprit du Yiddish, comme en invoque Bekar, c’est celui du détournement et de la perspective. Pour décrypter son message, il suffit donc de l’écouter. Ce casse-tête est finalement comme sa musique, sa complexité n’est qu’une illusion acoustique, et cela bien que les musiciens soient de brillants interprètes. Cette musique ne demande qu’à dévoiler ses secrets, sa vérité, aussi simple et envoutants que ces beaux yeux noirs…

 

Bekar-Casse-tete yiddish

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