Quatrième partie: Le néo-klezmer

Dernier temps de l’histoire de la musique instrumentale yiddish, le néo-klezmer. Au sens large, toute la musique klezmer produite depuis la réactivation originelle des années 1970 entre dans cette catégorie, qui n’est rien d’autre, pour le dire autrement, que la musique klezmer contemporaine. Le néo-klezmer se distingue par ses ruptures aussi bien que par sa continuité avec ses formes historiques antérieures. Sa géographie a encore évolué: d’abord transrégional (Europe centrale et orientale) puis transcontinental après les vagues de migration des juifs ashkénazes européens, le phénomène est finalement devenu global. Comme auparavant, le klezmer se métisse au contact de ses environnements (nouveaux métissages, contextes de performances, instruments, moyens de diffusions etc).

Le mouvement le plus novateur du klezmer contemporain est sans conteste celui de la Radical Jewish Culture, du label Tzadik et de sa série discographique, un mouvement qui trouve ses sources, ne l’oublions pas, autant dans le free-jazz, le rock progressif et le punk, dans les structures musicales les plus avant-gardistes de la scène new-yorkaise des années 1980 et 1990, que chez les pionniers de l’innovation contemporaine du klezmer, The Klezmorim, The Klezmatics et Brave Old World. Le génie et l’audace de John Zorn et de ses acolytes, parmi lesquels Frank London, Marc Ribot, David Krakauer et Shelley Hirsch, aura en fait été de pousser cette radicalité jusqu’à l’extrême, jusqu’à renverser le concept même de tradition.

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Comme l’expliquait Frank London, Radical signifie ‘’qui se rattache aux racines’’. Le néo-klezmer est donc une musique yiddish qui se veut dialectique, qui fait la synthèse du renversement et de la continuité de la tradition. Berlin, 1992, le concert inaugural de cette avant-garde juive new-yorkaise ose la composition de Zorn, Shtetl, qui mélange le bruitisme avec des discours d’Hitler et des arrangements issus de la musique yiddish. Toute révolution traverse pour s’accomplir un moment violent et nécessaire. En 1995, l’album Kristallnacht (La nuit de Cristal), arbore sur sa couverture une étoile jaune. Le silence est enfin rompu. La musique s’en est emparé. Enfin, la culture yiddish allait pouvoir panser ses plaies, aller de l’avant. En Europe, certains groupes; AutorYno et d’Artichaut Orchestra en France et de Full Metal Klezmer en Italie; se sont fait les ambassadeurs de cette culture juive radicale.

L’évolution musicale reflète ainsi l’évolution identitaire et culturelle des communautés juives et des individus qui portent cette identité. Nous voilà désormais dans un monde post-holocauste, sans ghetto juifs, sans shtetls. Un monde morcelé, globalisé, multiculturel, ou les identités se battent pour leur survie, sont réappropriées, partagées, consommées. Le néo-klezmer est l’expression la plus accomplie du judaïsme dans ce monde.

European businessman walking away from businessmen in boxes

Le courant de la Radical Jewish Culture est une expression artistique parmi d’autres. Il faut donc bien distinguer cette esthétique, dont le but avoué n’a jamais été le klezmer traditionnel, mais de s’inspirer des traditions juives pour mieux les bouleverser, d’autres formes de klezmer contemporain. Ainsi, les nouvelles identités juives et la nouvelle culture yiddish sont reflétées par autant de styles. Le néo-klezmer est à la fois une forme, une composante et une influence du paysage musical et des sensibilités artistiques modernes liées au judaïsme et a la culture

yiddish. Ainsi de l’électro-yiddish développée à Toulouse par Anakronic Electro Orchestra ou du Jewish Punk de Golem. Klezmer Nova, Yom, Michael Winograd, Estelle Goldfarb, Alicia Svigals, Amsterdam Klezmer Band, tous enrichissent le néo-klezmer de nouvelles perspectives, tous contribuent au mouvement identitaire qui consiste à singulariser le patrimoine et la tradition héritée. Comme la photographie, le klezmer contemporain cherche encore ses critères, ses limites et ses marques, il cherche encore à se définir, à se théoriser. Le musicologue Jeffrey Janeczko avait intitulé sa thèse ‘’Beyond Klezmer’’. Mais qu’y a t-il au juste au-delà du klezmer? Une exploration qui s’avère jusque là infinie.

Pastrami Bagel Social Club

 

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